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« Ce voyage m’a ouvert les yeux sur moi-même »

Un voyage, surtout s’il est imprévu, peut devenir un véritable parcours initiatique. C’est ce qu’a pu constater une jeune parisienne privilégiée, partie bien malgré elle en séjour humanitaire. Peu à peu, elle a su dépasser ses préjugés pour changer radicalement son rapport au monde.

 

 

Marie-Laure est ce qu’on appelle une « fille de bonne famille ». Elle grandit dans l’immense appartement familial du VIIIème arrondissement de Paris, ne fréquente que des « fils de » et a en permanence du personnel pour régler ses petites contingences domestiques. Elle passe d’un bar branché à une soirée d’inauguration, son dossier d’entrée en école de commerce est refusé et elle laisse passer les inscriptions en fac deux années de suite.
Pour ses 20 ans, sa grand-mère, que l’on considère comme un peu loufoque dans la famille, lui offre un voyage au Sénégal. « Sur le moment, je me suis dit chouette ! Un trip à Cap Skirring ! » Mais Marie-Laure déchante très vite, quand elle s’aperçoit que sa grand-mère lui a concocté un voyage à visée humanitaire. « Il s’agissait d’aider à la construction d’une école, et Mamie avait tout de même déboursé près de 6000 euros juste pour mes propres frais. Je n’imaginais pas ne pas y aller. »

Cloitrée à l’hôtel

A peine sortie de l’avion, c’est le choc : « tous ces gens qui mendient, ça m’a complètement déprimée. J’ai mis 24 heures ensuite à sortir de l’hôtel. » Ses compagnons de voyage la pressent et insistent pour qu’elle vienne les aider. « Ils ne comprenaient pas pourquoi je ne faisais rien, j’ai prétendu être malade. » Le deuxième jour, Marie-Laure rencontre les enfants qui seront scolarisés dans l’école qu’elle doit aider à créer. « Certains avaient des dents très abîmées, d’autres étaient d’une maigreur à faire peur ! » La jeune fille prend sur elle et effectue toutes les tâches qu’on lui confie, « même si ça a ruiné ma manucure. » Elle s’habitue à manger dehors sur une vague table, les animaux à proximité, toujours la même chose – du riz blanc. Les insectes, la chaleur, et le confort sommaire l’achèvent.

Après six jours sur place, Marie-Laure voit arriver la fin du séjour avec soulagement. Et pourtant… « Deux choses ont fait changer ma façon de voir les choses : d’abord, constater que j’étais vraiment une privilégiée. Je le savais évidemment, je le sentais, mais je ne pensais pas que c’était à ce point. Pour moi, qui que vous soyez, vous pouvez vous en sortir si vous travaillez dur. Mais en fait, non, ça ne se passe pas comme ça : c’est ce que j’ai découvert à mes dépens. Mais au-delà de ça, ce voyage m’a vraiment permis de prendre confiance en moi. »

Bonne fée

Ce voyage a surtout permis à Marie-Laure de sentir qu’elle pouvait accomplir des choses, que des gens pouvaient avoir besoin d’elle. « C’était une sorte de voyage initiatique. » analyse-t-elle, avec le recul. Marie-Laure est rentrée depuis quelques mois à Paris. Côté études, elle ne s’est encore inscrite nulle part, mais ça ne saurait tarder. « Du coup, je veux prendre le temps de bien réfléchir. J’ai envie de refaire ce voyage dans d’autres dispositions, avec mes amies, peut-être, pour leur montrer cette autre réalité. » En attendant, Marie-Laure a décidé de s’engager dans plusieurs associations humanitaires et de faire des dons réguliers.

« Je dois beaucoup à ma grand-mère. On n’a jamais vraiment parlé, elle et moi, et c’est l’occasion de nous retrouver et de faire connaissance. J’adore le fait que ce voyage soit son cadeau malicieux, elle est pour moi comme une bonne fée qui fait ce qu’il faut quand il faut, à distance. » Pour Noël, Marie-Laure ira dans un foyer de sans-abris avec sa grand-mère. « Nous qui avons tout, nous recevons autant que nous donnons en agissant de la sorte. Aujourd’hui, je me sens beaucoup plus importante qu’avant mon départ, quand je menais une vie de fête avec du monde à mes pieds. Disons que je me suis mise aux pieds du monde… »

 ( Source : Yahoo  France pour elle  )